Financement de l’efficacité énergétique : les clés du rapport HEC Montréal
Cet article propose un résumé des points saillants du rapport « Financement de l’efficacité énergétique au Québec : Quelles options pour accélérer la décarbonation de l’économie? », rédigé par Johanne Whitmore et Pierre-Olivier Pineau de la Chaire Énergie – HEC Montréal, avec le soutien du gouvernement du Québec.
L’efficacité énergétique, un levier trop souvent négligé
Dans les débats sur la transition énergétique, l’efficacité énergétique reste parfois dans l’ombre des grandes annonces sur l’électrification ou les énergies renouvelables. Pourtant, c’est elle qui permet de consommer moins et mieux – et qui, selon les experts, représente le « premier carburant » de la transition.
Au Québec, ce potentiel est immense. Mais il est freiné par un paradoxe bien connu : le faible coût de l’électricité et du gaz. Ce contexte avantageux pour les consommateurs rend les investissements difficiles à rentabiliser rapidement. Résultat : de nombreux projets porteurs peinent à se concrétiser, malgré la volonté de réduire les émissions et d’améliorer la performance des bâtiments.
C’est précisément à ce constat que s’est attaqué l’atelier du 2 mai 2025, organisé par la Chaire Énergie – HEC Montréal. Réunissant 45 experts de divers horizons, il a permis de dresser un portrait clair des obstacles et de tracer la voie vers un financement plus efficace, plus simple et surtout plus orienté sur les résultats.
Quand la complexité freine l’action
Le rapport souligne une réalité partagée par tous les participants : l’offre de financement actuelle est jugée trop complexe. Multiplicité des programmes, démarches administratives lourdes, absence de guichet unique. Le parcours s’apparente parfois à un labyrinthe.
À cela s’ajoute un financement souvent incomplet. Les subventions couvrent rarement l’ensemble des coûts, laissant un « reste à payer » qui décourage certains projets, surtout dans un contexte où le retour sur investissement peut s’étaler sur de longues années.
Cette fragmentation entraîne une conséquence directe : les projets simples ont déjà été réalisés, mais les plus ambitieux – ceux qui pourraient réellement transformer le parc immobilier québécois – tardent à émerger.
Deux grandes orientations pour changer la donne
Centraliser et simplifier
La première orientation est claire : il faut centraliser l’information, les programmes et l’accompagnement. Le rapport évoque la création d’un guichet unique qui deviendrait le point d’entrée pour quiconque souhaite entreprendre des travaux en efficacité énergétique.
Un tel mécanisme permettrait non seulement de simplifier les démarches, mais aussi de créer des espaces de concertation où les acteurs pourraient partager leurs expériences et leurs meilleures pratiques.
Miser sur les résultats
La deuxième orientation invite à changer de paradigme : financer la performance, pas seulement l’intention. Les programmes devraient être conditionnés à l’atteinte de résultats mesurables, avec un suivi rigoureux des économies d’énergie et des réductions de GES.
Le rapport rappelle que cette logique s’appuie aussi sur un avantage économique majeur. Comme l’illustre le Graphique 2 (Comparaison des coûts de l’efficacité énergétique par rapport à d’autres sources d’approvisionnement en électricité), chaque kilowattheure économisé coûte en moyenne 4 ¢/kWh, contre 13 ¢/kWh pour un kilowattheure produit. Autrement dit, l’efficacité énergétique est trois fois moins chère que la production d’une nouvelle source d’électricité.
Investir dans l’efficacité énergétique, c’est donc non seulement réduire les émissions, mais aussi libérer de l’énergie propre à moindre coût pour soutenir la croissance et la compétitivité du Québec. Cette perspective encourage le développement d’outils financiers plus souples et adaptés, capables de répondre aux réalités diverses du marché : bâtiments résidentiels, parcs immobiliers commerciaux ou institutions publiques.
Des solutions innovantes déjà à portée de main
Le rapport met aussi en lumière plusieurs modèles inspirants, testés ailleurs et parfois déjà implantés au Québec :
PACE (Property Assessed Clean Energy) : un mécanisme qui rattache le remboursement des travaux à la taxe foncière, ce qui sécurise le financement et facilite l’accès aux rénovations.
SOFIAC : un modèle québécois qui permet d’autofinancer des projets grâce aux économies générées, déjà appliqué à des cas concrets comme IBM Bromont ou Aéroports de Montréal.
Hypothèques vertes : des prêts à taux préférentiels pour encourager l’intégration de mesures d’efficacité.
On-bill financing : un remboursement directement intégré à la facture d’énergie, proportionnel aux économies réalisées.
Ces approches ont un point commun : elles transforment l’efficacité énergétique en un investissement tangible et rentable, plutôt qu’en un simple poste de dépense.
Une vision à plus long terme
Au-delà des outils financiers, le rapport appelle à un changement plus profond :
Moderniser la réglementation (audits obligatoires, cotation énergétique des bâtiments, normes renforcées);
Renforcer la gouvernance avec une coordination stable et prévisible;
Utiliser l’écofiscalité pour décourager les pratiques énergivores et soutenir l’innovation.
Cette vision place l’efficacité énergétique non pas comme une option, mais comme un pilier incontournable de la compétitivité économique et de la décarbonation.
Le Québec a tous les atouts pour réussir sa transition : une énergie renouvelable abondante, une expertise reconnue et un tissu d’acteurs engagés. Mais sans un financement plus simple, plus robuste et axé sur les résultats, l’efficacité énergétique restera sous-exploitée.
Le rapport de la Chaire Énergie – HEC Montréal trace une feuille de route ambitieuse : centraliser, simplifier et orienter vers les résultats. Autant de leviers pour que l’efficacité énergétique devienne enfin le moteur qu’elle mérite d’être dans la transition.